Warning: Constant WP_CRON_LOCK_TIMEOUT already defined in /htdocs/wp-config.php on line 91
Syndicalistes ! – Tendance syndicaliste pour la transformation de la société

«Il n’y aura pas d’échappatoire à la grève»

Par Baptiste, militant interpro CGT

Depuis le passage en force à l’Assemblée avec le 49.3, la mobilisation a passé un nouveau cap. Une phase de multiplication des actions de blocage a commencé. Ce qui frappe, c’est que ces actions plus radicales n’ont pas été le fait, comme on le voit souvent, d’une minorité irréductible qui reste dans la lutte en fin de mouvement. Au contraire, on a assisté depuis janvier 2023 à une montée en pression, par paliers, qui n’a laissé aucun·e des acteur·e·s de la mobilisation sur le côté. Bien entendu, certaines composantes de l’intersyndicale n’ont pas suivi cette voie, voire l’ont désapprouvé, mais sans jamais remettre en cause le cadre unitaire de mobilisation qui fait alors office de «minimum syndical»: «libre à chacun·e d’aller plus loin».

Et nous ne nous en sommes pas privé·e·s, à tous les niveaux: depuis maintenant une dizaine de jours, nous avons su multiplier les actions avec inventivité et régularité. Barrages filtrants, opérations escargot, filtrages de ronds-points, opérations ville morte, déambulations, blocages de routes ou de centres logistiques… La liste des actions, démultipliées sur tout le territoire, des grandes villes aux plus petits bassins d’emploi, est impressionnante et a largement permis de fragiliser encore un peu plus un pouvoir déjà chancelant. Il faut souligner que l’initiative de ces actions (à l’exclusion des manifestations sauvages du soir, encore que beaucoup aient fait suite à ce qui était à l’origine des rassemblements tout ce qu’il y a de plus syndicaux) vient le plus souvent des structures syndicales elles-mêmes, Unions départementales ou locales, fédérations, syndicats…

On est loin d’un «dépassement par la base» tel qu’invoqué parfois abstraitement, puisque ces initiatives ont été encouragées au niveau confédéral et bien souvent impulsées et organisées par les structures territoriales ou fédérales. Cela n’est pas étranger à leur démultiplication, à leur fréquence et à leur ampleur: la preuve a été faite que pour tout diminué qu’il soit, le tissu syndical conserve une certaine capacité de mobilisation de ses militant·e·s, pour peu qu’il s’en donne les moyens. Mais pour tout spectaculaire que soit ce durcissement de la conflictualité, force est de constater qu’il n’implique qu’une partie très minoritaire des participant·e·s aux manifs (qui sont, elles, plus massives que jamais, comme on l’a vu le jeudi 23 mars), et plus encore si l’on se place à l’échelle du salariat tout entier.

Les limites de cette stratégie commencent donc à se faire sentir. Les actions de blocage, dans leur grande majorité, ne sont pas des actions constructives. Elles ont une efficacité sur le moment, mais n’augmentent pas en soi le niveau de mobilisation. Pour qu’un blocage perdure, pas le choix: il faut re-bloquer. Puis rebloquer encore, jusqu’à épuisement. Ça ne marche qu’un temps, par définition. Le blocage est une action à rendement décroissant: le premier jour, il y a l’enthousiasme de la nouveauté, l’effet de surprise, la rencontre de militant·e·s d’horizon divers… Mais s’il faut durer, alors s’installe la routine, l’épuisement, la répression policière… et pas de forces nouvelles pour prendre le relais. Le blocage, c’est souvent l’entre-soi des (plus) mobilisé·e·s.

Même porté par les syndicats à une ampleur inédite, le contournement de la grève par le blocage ne marche qu’un temps. Pour avancer, il n’y a pas le choix: il faut la grève. Et trop d’actions de blocage sont complètement déconnectées de toute ambition de la construire.

Il ne s’agit pas d’opposer tous les blocages à la grève. D’abord parce qu’une action symbolique réussie donne confiance, visibilise la lutte, fait se rencontrer des militant·e·s qui rentrent remotivé·e·s. Le blocage du périphérique parisien dès le 17 mars, mobilisant plus de 400 militant·e·s en trois points différents, a ainsi été une démonstration de force et un tremplin pour la suite de la mobilisation.

Ensuite, parce que le blocage fait partie du panel d’action de solidarité interpro à mobiliser en soutien à la grève. Que ce soit dans le secteur des déchets ou dans les raffineries, les blocages réalisés avec l’appui d’autres professions en luttes et d’étudiant·e·s ont permis d’afficher un soutien massif aux grévistes et de faire face aux réquisitions.

Mais on a aussi vu trop de blocages «gratuits»: des sites bloqués sans même prévenir le syndicat à l’intérieur de la boîte; d’autres où le blocage génère une longue file d’attente de camions, l’occasion rêvée d’aller discuter de la grève avec tous et toutes les salarié·e·s d’un secteur stratégique… Mais personne n’a pensé à amener un tract, et d’ailleurs personne ne semble vraiment avoir envie d’aller discuter avec ces salarié·e·s non-grévistes: c’est plus confortable de rester agiter nos drapeaux entre convaincu·e·s… On pourrait multiplier les exemples d’actions qui tournent en boucle (pas toutes heureusement, certaines sont menées en appui à une stratégie de grève), qui donnent la satisfaction de «faire quelque chose» mais n’augmentent nullement les chances que d’autres «fassent quelque chose» à leur tour le lendemain. D’autant qu’elles mobilisent souvent beaucoup de militant·e·s, qui pourraient parfois employer cette énergie ailleurs ou de manière mieux coordonnée.

La preuve en a été faite à de multiples reprises: que l’on appelle à «mettre la France à l’arrêt» le 7 mars, que l’on démultiplie les actions symboliques, que l’on proclame qu’il n’y aura «plus de règles» si le gouvernement utilise le 49.3, nous n’avons pas bloqué l’économie. Et pour y arriver, on ne pourra pas faire l’économie du travail de construction de la grève. Car il n’y a pas de grève sans discussion avec les salarié·e·s.

Les blocages font totalement partie du répertoire d’initiatives à utiliser, mais ils doivent être ciblés et préparés dans ce but (tract préparé en direction des salarié·e·s visé·e·s, prises de contact préalables, suivis et communications…). Et ils ne doivent pas être utilisés par défaut, au détriment des autres outils à notre disposition. L’essentiel est d’arriver enfin à s’adresser aux salarié·e·s non grévistes, que ce soit sur nos lieux de travail ou là où nous n’avons pas d’implantation. Ces lieux sont beaucoup plus nombreux que les seuls sites stratégiques souvent ciblés: parfois, s’adresser aux salarié·e·s n’implique pas de les bloquer, comme dans le commerce.

Partout où nous sommes allés à la rencontre des salarié·e·s, l’accueil a été excellent : ils et elles sont toujours heureux de recevoir la visite de syndicalistes, de découvrir qu’ils et elles ont le droit de faire grève et sans préavis, que leur opposition (fréquente) à la réforme peut s’exprimer par la grève même s’ils/elles travaillent à quelques salarié·e·s dans une petite boutique, etc. C’est peut-être moins immédiatement satisfaisant et moins spectaculaire qu’un blocus matinal. Mais c’est payant sur le moyen terme (sans parler du renforcement du syndicalisme pour la suite, quelle que soit l’issue du mouvement), et au moins tout aussi gratifiant, par la conscience de classe interpro que cela génère, des deux côtés. C’est aller à la rencontre d’une facette massive mais trop oubliée du prolétariat contemporain, dont la participation à la grève n’est pas une option pour la victoire de tous et toutes. A nous de faire preuve d’inventivité, et d’imaginer aussi des initiatives qui permettent de rompre avec l’image du vieux tractage poussiéreux: déambulations joyeuses dans un centre commercial, cantine à prix libre sur une zone industrielle, tournée syndicale massive et simultanée sur plusieurs sites, etc.: tout est bon à prendre, pourvu que ça permette de discuter et de transmettre un peu de notre enthousiasme gréviste à des salarié·e·s encore hésitant·e·s!

Alors certes, il est tard. Certes, ce boulot aurait dû être fait bien avant. Mais il n’y a pas d’échappatoire. Ou bien nous parvenons à mettre autant d’énergie que celle que nous avons mise dans les blocages dans des actions de développement de la grève, ou bien nous continuons à tout miser sur une stratégie de blocage minoritaire et largement extérieure, le débouché ne pourra être qu’une guérilla face à la police; une guérilla de plus en plus réduite à un noyau militant qui finira laminé par la répression. La réforme et son gouvernement n’ont jamais été aussi impopulaires, l’occasion est encore là et les attentes des travailleurs et des travailleuses à notre égard sont immenses. A nous de nous en saisir pour provoquer à nouveau un de ces rebondissements qui ont rythmé ce mouvement.

(Article reçu le 30 mars 2023)

Appel des syndicalistes à construire la grève généralisée

La mobilisation du 10 septembre a permis de faire reculer le gouvernement. Nous avons gagné le retrait du projet de voler 2 jours de congés fériés aux salarié.e.s.

Mais le nouveau premier Sinistre mènera à coups sûrs, la même politique que Bayrou. Prendre aux travailleurs le fruit de leur travail pour continuer d’enrichir les multinationales et les milliardaires. Ils veulent continuer le Grand Détournement de notre travail.

Le grand patronat représenté par le MEDEF veut que le Budget Bayrou soit voté. Nous pouvons, et devons empêcher ce Budget d’Austérité de passer.

Pour gagner, nous avons besoin d’une gréve généralisée aux plus grands nombres de branches économiques afin de bloquer l’économie et d’imposer au gouvernement et au MEDEF de reculer et de partager les richesses que nous produisons.

Cette grève généralisée nécessite un plan de tournées syndicales sur plusieurs semaines pour informer, motiver et convaincre les travailleurs.euses de se préparer et se mettre en grève dans nos entreprises et aussi dans les secteurs où les syndicats sont absents. Un enchaînement de journées de grève isolées ne serait pas la bonne stratégie et nous empêcherait de préparer une grève forte et unitaire.

Syndicalistes, nous proposerons dans nos organisations, à nos équipes syndicales, ce plan de mobilisation par la programmation de tournées syndicales dans les semaines qui viennent. Pour soutenir la grève à venir, nous appelons à organiser des caisses de grève dans nos organisations syndicales.

Pour signer l’appel et le diffuser :
https://framaforms.org/appel-des-syndicalistes-a-construire-la-greve-generalisee-1757854574

Caisse de grève : Mode d’emploi



Le mieux est de mettre en place une Caisse de grève à l’avance dans son organisation syndicale.

Par exemple sur chaque cotisation d’adhérent, 1 €uro peut être mis dans la caisse de grève.

Il est possible également d’organiser une collecte pour récolter des dons de soutien soit en collectant dans les manifs, soit par internet par un site de don. Par contre, il est nécessaire de préciser que cette collecte ne s’adresse qu’à ceux qui ne peuvent pas faire grève (retraité.e.s, chômeurs.euses, scolaires, réquisitionné.e.s….). Pour généraliser la  grève et gagner, nous demandons à tous d’y participer. On ne veut pas favoriser la grève par délégation à travers une collecte.

On peut aussi vendre des objets de soutien comme des affiches, des bouteilles de vin… On peut aussi récolter de l’argent en vendant des boissons et sandwichs dans les manifs et rassemblements.

Par expérience, la caisse de grève permet de soutenir financièrement plusieurs dizaines de grévistes.

Dans l’exemple de la grève reconductible de 2019-2020, l’argent a été distribué à ceux qui avaient fait un minimum de 10 jours de grève sur les 2 mois qu’a duré le conflit de 2019-2020.
Pour recevoir l’argent, il fallait fournir la copie de ses fiches de paie pour montrer les retenues de salaire. Nous avons alors divisé l’argent de la caisse de grève par le nombre de demandes pour avoir une somme à verser par jours de grève.

La Caisse de grève ne rembourse pas toute la perte de salaire mais elle permet d’atténuer les conséquences financières pour les grévistes. Elle permet de soutenir le moral des grévistes pour notamment être en capacité de repartir en lutte plus facilement.

Nous avons plusieurs pistes d’améliorations.


– L’argent de la Caisse peut permettre de faire vivre la grève (en payant des repas aux grévistes, prise en charge du covoiturage si pas de transport en commun) et permettre la participation au mouvement.
– Il faut cibler les plus précaires et ensuite partager le restant avec les autres grévistes.
– Pour prétendre à la Caisse de grève, il faut déterminer un nombre minimum de jours de grèves (à la fin) et demander des présence active à la grève (participation aux piquets, Assemblées Générales des grévistes, actions). Tout fraudeur (dégagement syndical pendant la grève, argent non versé à la caisse) ne pourra y prétendre. Il faut un cahier de présence à signer pour contrôler.

Pour éviter les embrouilles, le mieux est de décider du règlement de la Caisse de grève au début du mouvement et de trouver des responsables pour gérer.

Motion de Réflexion syndicaliste révolutionnaire

IIe congrès de l’UCL (Angers, 3-5 novembre 2023)

Le Manifeste de l’UCL a défini la pratique syndicaliste révolutionnaire de notre courant politique. Mais reste une question importante : dans quelles organisations l’inscrire ? Quelle logique d’intervention libertaire développer ? Une analyse du paysage syndical français s’impose, ainsi qu’une réflexion sur l’éclatement du syndicalisme de lutte et les voies d’une possible unification.

UNE GRILLE D’ANALYSE RÉVOLUTIONNAIRE ET LIBERTAIRE

Notre lecture doit partir de la finalité anticapitaliste et autogestionnaire que nous souhaitons voir le mouvement syndical endosser. On doit donc croiser :

  • La capacité d’action. Le syndicat a-t-il une surface suffisante, en termes d’effectifs, d’implantations et de représentativité, pour mettre les salarié·es en action ?
  • L’orientation. Le syndicat articule-t-il revendications immédiates et projet anticapitaliste, dans la continuité de la « double besogne » énoncée par la Charte d’Amiens ? Est-il démocratique ? Favorise-t-il l’action directe des travailleuses et travailleurs, ou une ambiance délégataire ? Pousse-t-il à la solidarité interprofessionnelle, donc à la conscience de classe ? Articule-t-il les revendications spécifiques (antiracistes, féministes, LGBTI, antivalidistes) aux revendications générales concernant l’ensemble du prolétariat, dans une logique intersectionnelle ? Utilise-t-il la représentativité légale pour cogérer ou pour lutter ? Utilise-t-il l’unité syndicale comme prétexte à l’inaction, ou comme levier pour impulser de l’action ?

En croisant ces deux approches, à la fois « quantitative » et « qualitative », on ne se laissera abuser ni par les gros effectifs revendiqués, ni par les pures déclarations d’intention.

Des forces militantes sans égales mais à l’étiage…

Alors que, de 1955 à 1980, le taux de syndicalisation en France oscillait entre 15% et 20% des salarié·es, il plafonne, depuis 1990, à 10% environ. Ce chiffre moyen cache en réalité de fortes disparités, puisqu’en 2019 la fonction publique était syndiquée à 18%, contre 8% dans le secteur privé, à des taux très variables (16,5% dans le transport et la logistique, 11% dans l’industrie, 3,4% dans le BTP). La différence hommes-femmes était moins spectaculaire : 11% des travailleurs étaient syndiqués en 2019, contre 9,5% des travailleuses [1].

Cette faiblesse numérique doit être relativisée par la nature spécifique du syndicalisme français. Dans les pays où les syndicats sont très institutionnalisés, les salarié·es y adhèrent en premier lieu pour accéder à des services ou à des mutuelles. En France, où l’adhésion à un syndicat ne « rapporte rien », et relève davantage d’un engagement (parfois risqué), les effectifs sont nettement moindres.

Du point de vue de l’engagement, justement, la situation est inquiétante, puisqu’en 2019, seul·es 40% des syndiqué·es participaient à l’activité de leur syndicat, contre 49% en 2013 [2].

…mais qui restent incontournables

En dépit de cet affaiblissement, le syndicalisme reste en France un acteur incontournable, dans la mesure où aucun mouvement social « hors-entreprise » ne l’a jusqu’ici surclassé, ni en termes d’enracinement dans le prolétariat, ni en termes d’action de masse. Il reste le premier lieu où s’organisent spontanément les travailleuses et les travailleurs, les précaires, les chômeuses et chômeurs, dans toute leur diversité (racisé·es, minorités de genre, etc.) pour défendre leurs intérêts. Il reste la seule force capable de mettre des millions de personnes en grève et dans la rue.

De ce point de vue, le syndicalisme de combat reste un véhicule essentiel pour une stratégie révolutionnaire libertaire, fondée sur l’action directe des travailleuses et des travailleurs, en dehors des institutions et des gouvernements.

TROIS PÔLES DANS LE PAYSAGE SYNDICAL EN FRANCE

Au vu des évolutions de ces cinq dernières années, on peut discerner trois pôles dans le paysage syndical en France [3] : un pôle combatif, un pôle cogestionnaire, et un pôle qu’on qualifiera d’« ambivalent ».

1/ Un pôle syndical combatif, misant sur le rapport de force

  • La CGT, à la croisée des chemins

Depuis les années 1980, la CGT connaît une érosion lente mais continue de ses effectifs et de son audience, malgré des remontées dans les périodes de lutte. Avec 605.000 adhérent·es en 2020, 23% d’audience dans le privé et 21% dans le public, elle reste néanmoins une organisation centrale dans la lutte des classes.

L’affaiblissement de la culture d’organisation y est préoccupant, avec de nombreuses équipes syndicales réduites à un noyau d’élu·es au CSE, sans pratique de terrain, avec l’étiolement des unions locales, avec la hausse du nombre de syndiqué·es isolé·es (15% des effectifs confédéraux), et avec un antagonisme croissant entre certaines fédérations.

Depuis les années 1990, l’empreinte stalinienne sur la CGT n’a cessé de reculer. En négatif, dans la plupart des secteurs, elle n’a été remplacée que par le réformisme, le corporatisme, voire la plus plate dépolitisation, ou le clientélisme. En positif, le pluralisme est allé croissant dans l’organisation, où l’on croise par exemple de plus en plus de libertaires, d’écologistes, de féministes, ou de communistes non staliniens.

Parmi les acquis : les questions antiracistes et le soutien aux sans-papiers sont bien intégrés… En revanche la visibilité des minorités racisées aux postes de coordination et de représentation reste très en décalage avec la base syndiquée.

Parmi les questions qui progressent : le féminisme a le vent en poupe, et bouscule les stalino-conservateurs, mais ne les a pas encore fait plier. Les femmes pèsent 39% des effectifs, et sont appelées aux responsabilités fédérales et confédérales par une politique de parité volontariste. Au congrès de mars 2023, l’élection de Sophie Binet comme secrétaire générale a évidemment eu une forte portée symbolique.

Au congrès confédéral de mars 2023, la prise de distance avec l’Alliance écologique et sociale-PJC, a envoyé un signal très négatif. Ce qui n’empêche pas que les questions écologistes sont et seront de plus en plus présentes, du fait de la crise climatique.

Les stalino-conservateurs, surtout présents dans l’encadrement de certaines fédérations, constituent aujourd’hui la lourde arrière-garde de la CGT, freinant à fond sur les questions écologistes, féministes ou sur l’unité syndicale. Leur revendication d’un « retour à la Fédération syndicale mondiale », un organisme bureaucratique et anti-lutte de classe dirigé par des États dictatoriaux, a heureusement été balayée par le congrès confédéral de mars 2023.

Le potentiel de la CGT réside dans son image contestataire, qui en fait d’instinct le syndicat d’élection de nombreux salarié·es en colère ; quand ils et elles se politisent via la CGT, c’est principalement sur une base antilibérale, parfois anticapitaliste.

  • Solidaires, des atouts pour aller plus loin

Après un fort développement dans les années 2000, l’Union syndicale Solidaires s’est stabilisée sur un palier de 110.000 adhérent·es, 6% d’audience dans la fonction publique et 4% dans le privé.

La culture commune qui a longtemps fait défaut à Solidaires est en progrès au niveau national, du fait de la bonne volonté de la plupart des fédérations pour faire converger les points de vue au sein de Solidaires, plutôt que de jouer le rapport de force. En revanche, le développement des unions locales marque le pas, avec des syndicats fonctionnant de manière trop souvent cloisonnée.

Le syndicalisme de lutte et la référence à la grève générale sont constitutifs de l’identité de Solidaires. Mais le congrès extraordinaire de 2020 a vu une avancée qualitative majeure en adoptant explicitement la socialisation et l’autogestion comme « alternative au système capitaliste ».

L’appropriation de cette orientation, et même la combativité dans les fédérations et dans la base syndiquée, sont évidemment inégales. Comme à la CGT, la dépolitisation ambiante fait des dégâts, et la culture militante de la génération fondatrice s’est mal transmise.

Cependant, lorsqu’elle repose sur de solides implantations sectorielles (rail, éducation, PTT, santé-social, finances publiques…), cette ligne anticapitaliste, autogestionnaire, internationaliste, féministe, écologiste, anticolonialiste et antiraciste peut constituer un point d’appui pour les révolutionnaires et libertaires qui veulent la faire vivre.

  • Les syndicats régionalistes et ultramarins

Dans leurs régions respectives, le STC corse, le LAB basque, l’UGTG guadeloupéenne, la CGTM martiniquaise, l’UTG guyanaise et l’USTKE calédonienne sont bien implantées, et parfois même les organisations syndicales les plus fortes.

Ces syndicats, qui tâchent de combiner émancipation nationale et émancipation sociale, peuvent avoir des pratiques combatives et d’action directe dont pourraient s’inspirer les syndicats français de combat. Cela n’empêche pas d’éventuelles contradictions, comme en Kanaky où l’USTKE se retrouve à codiriger des entreprises avec des capitalistes français au nom du « rééquilibrage » national.

  • La CNT-F ne parvient pas à changer de nature

La CNT-F, anarcho-syndicaliste et syndicaliste révolutionnaire, compterait entre 500 et 1000 adhérent·es, et boycotte la plupart des élections professionnelles. Dans certains secteurs (éducation, BTP, Travail-Affaires sociales), des équipes CNT mènent un réel travail syndical. Cependant, l’immense majorité des groupes CNT sont dits « interco », ce qui signifie que leur nature réelle est politique. Ce sont des groupes d’extrême gauche investis dans des luttes, mais pas des syndicats, ni de branche, ni de métier, ni d’entreprise.

  • Le travail payant de la CNT-SO

La CNT-SO, syndicaliste révolutionnaire, compterait environ 1000 adhérent·es, avec une audience électorale très localisée. Avec une stratégie méthodique, elle s’est implantée dans le nettoyage industriel, l’hôtellerie, voire le BTP, où elle a mené des luttes notables avec des femmes de chambre, des sans-papiers… Elle ne parvient cependant pas à s’implanter dans d’autres secteurs, où l’espace du syndicalisme de combat est déjà occupé par SUD ou la CGT.

2/ Un pôle cogestionnaire, accroché à l’idéologie du « dialogue social »

  • La CFDT à l’épreuve du réel

Après le départ de son aile gauche en 1988-2003, la CFDT s’est reconstruite. Elle revendique aujourd’hui plus de 600.000 adhérent·es, avec une audience de 18,5% dans la fonction publique et de 27% dans le secteur privé ; son implantation dans les PME est assez conséquente et elle compterait 50% de femmes dans ses effectifs.

La CFDT est acquise à l’idéologie libérale, mais sa motivation première est d’être reconnue comme une interlocutrice institutionnelle (« Je négocie donc j’existe »), même sans aucun résultat. Organisation centralisée, elle est capable d’impulser de façon dirigiste et de mettre au pas les fédérations et syndicats dissidents.

Sa non-trahison de la lutte de 2023 pour la défense des retraites – une première depuis trente ans – tient à des facteurs conjoncturels (la pression d’une partie de sa base, l’intransigeance gouvernementale, l’absence de débordements et de grèves dures) et ne changera pas sa nature profonde.

  • La CFTC atemporelle

Revendiquant 140.000 adhérents, la CFTC a une audience de 2,7% dans la fonction publique et de 9,5% dans le privé.

Inspirée par la doctrine sociale de l’Église catholique, elle pratique la collaboration de classe dans l’intérêt de l’entreprise, qui est « d’abord une communauté de personnes ». Mais il arrive parfois à des sections CFTC de se rebeller quand le patronat piétine trop « la dimension sacrée de l’être humain ».

  • La CFE-CGC, le fidèle « partenaire social »

Revendiquant 100.000 adhérents parmi les ingénieurs, cadres et techniciens, la CFE-CGC a une audience de 4% dans la fonction publique et de 12% dans le privé.

La CGC défend les intérêts corporatifs des cadres, tout en les jugeant non-antagoniques de ceux du patronat. Ces dernières années, la défense de la protection sociale l’a néanmoins positionnée parfois plus à gauche que la CFDT.

3/ Un pôle ambivalent, oscillant entre la cogestion et la lutte

  • La FSU, des velléités de sortir du corporatisme

Essentiellement basée dans le corps enseignant, la FSU a, depuis les années 2010, affilié quelques syndicats dans les collectivités territoriales et à Pôle emploi. Elle compte 160.000 adhérent·es, est inexistante dans le secteur privé, mais pèse 9% dans la fonction publique (à 90% dans l’Éducation Nationale).

Structurée par métiers, sa priorité reste la défense du service public et du statut de fonctionnaire. Opposée au néolibéralisme, elle envisage officiellement une unification au sein de la CGT depuis ses débuts en 1993. Le service aux adhérent·es fait sa force, mais explique aussi son manque de dynamisme, la montrant davantage capable d’accompagner des luttes que de les impulser. Organisation syndicale souvent majoritaire là où elle est présente, ses bases militantes sont hétérogènes et peuvent parfois contenir des allié·es.

Son fonctionnement en « tendances », présentée comme un gage de pluralisme, entretient une perpétuelle division et se traduit de facto par un poids disproportionné de certaines fractions politiques en interne.

  • Force ouvrière, l’isolationnisme de principe

FO revendique 350 000 adhérent·es, a 15% d’audience dans le privé et 19% dans le public. Au niveau national, FO fait le grand écart entre un pôle cogestionnaire, autour de la métallurgie, et un pôle plus combatif animé par les militants du POI et du POID, mais avant tout arc-bouté sur la défense de l’existant, sans revendications transformatrices, sans projet de société alternatif, et une parfaite indifférence au féminisme ou à l’écologie. Assumant une division du travail parti/syndicat qui dévoie la Charte d’Amiens, l’organisation se veut « apolitique », ce qui explique que FO soit la confédération la plus perméable à l’extrême droite.

  • L’Unsa, les surprises du syndicalisme sans boussole

L’Unsa regrouperait 200 000 adhérent·es, avec 6% d’audience dans le privé et 12% dans le public. Idéologiquement invertébrée, l’Unsa est un conglomérat de fédérations ayant peu en commun. Selon l’atmosphère du moment, certaines sont capables de passer de la cogestion la plus plate à la conflictualité la plus dure, comme on avait pu le voir lors des grèves à la SNCF et à la RATP en 2019-2020.

UNE MÊME LOGIQUE D’INTERVENTION LIBERTAIRE

Nous nous revendiquons d’une pratique et d’une stratégie syndicaliste révolutionnaire, telle qu’explicitée dans le Manifeste de l’UCL. Dans la période, les syndicalistes libertaires doivent partager prioritairement, quelle que soit leur organisation syndicale et leur niveau d’intervention (local, fédéral, confédéral/national), cette même logique d’action :

  1. construire en priorité des syndicats combatifs larges, y favoriser la démocratie de base et y porter les idées socialistes et autogestionnaires ;
  2. favoriser la formation syndicale des adhérents pour avoir le maximum de militant·es et permettre le maximum d’autogestion dans le syndicat ;
  3. favoriser l’action collective directe des travailleuses et travailleurs ;
  4. favoriser l’action interprofessionnelle en dynamisant les unions locales et départementales ; impulser des tournées syndicales régulières dans les déserts syndicaux et lancer des campagnes de syndicalisation.
  5. favoriser les syndicats de branche, plutôt que l’éparpillement de syndicats d’entreprises squelettiques ;
  6. favoriser et soutenir les luttes des sans-papiers, pousser à la syndicalisation dans les secteurs concentrant les travailleuses et travailleurs racisés ;
  7. pousser à la syndicalisation des secteurs féminisés, stratégiques pour organiser le prolétariat et bloquer l’économie ;
  8. combattre les freins à la prise de responsabilités des femmes et minorités de genre dans nos syndicats.
  9. pousser à des protocoles clairs de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
  10. revendiquer la socialisation des moyens de production en s’appuyant notamment sur les questions posées par la crise écologique ;
  11. lutter contre l’extrême droite dans les syndicats ;
  12. favoriser l’unité d’action par-delà les sectarismes et pousser le débat sur l’intérêt d’une unification du syndicalisme de lutte ;
  13. favoriser la solidarité internationaliste : riposte à un même employeur par-delà les frontières ; développer les réseaux syndicaux, la solidarité dans nos branches professionnelles et nos fédérations en lien avec les syndicats des autres pays, soutien aux peuples en lutte contre l’impérialisme (Kurdistan, Palestine, Ukraine, etc.). 
  14. développer la politique d’emploi des camarades que nous avons commencée.

POUR UNE UNIFICATION DU SYNDICALISME DE LUTTE

C’est au sein du trio CGT-FSU-Solidaires, souvent uni dans l’action ces dernières années, que cette perspective a trouvé un début de réflexion et quelques ouvertures [4].

Les syndicalistes libertaires y sont favorables. Pas pour marteler un irréaliste mot d’ordre d’unification immédiate, mais pour diffuser une réflexion sur les scénarios envisageables, si les circonstances étaient propices.

Un scénario de simple absorption dans « la grande CGT », qui écraserait les cultures militantes de Solidaires et de la FSU, est illusoire : il serait balayé dans les équipes syndicales.

Un scénario d’unification par le sommet, au terme de tractations d’états-majors, est heureusement impossible du fait du fonctionnement confédéraliste de la CGT et de Solidaires. Des ententes à tous les niveaux des fédérations, des congrès bien appropriés par la base, seraient incontournables, et c’est tant mieux.

L’unification offensive dans une nouvelle confédération est le scénario le plus souhaitable. Il peut procéder d’un volontarisme au niveau confédéral et national, avec une construction lente, une unité renforcée, et y compris des outils de coordination en commun.

Mais rien ne pourrait se faire sans la volonté des échelons intermédiaires et de la base, où l’unité pourrait émerger à l’issue de pratiques communes, de campagnes unitaires, d’une résistance conjointe à un éventuel gouvernement d’extrême droite, d’un mouvement social d’ampleur. Ce n’est qu’en gagnant la confiance mutuelle, à la base, qu’une entente pourrait se faire sur le partage des postes et des moyens, inévitable facteur de crispations locales.

Pour passer outre, il faudrait aussi une vision de l’unification comme étape vers une massification, dont trois axes forts pourraient être :

  • une vraie priorité aux unions interprofessionnelles locales ;
  • l’ouverture à l’ensemble des mouvements sociaux ;
  • une démarche de conquête des déserts syndicaux et des travailleuses et des travailleurs en marge du salariat.
  • une réduction des tensions entre organisations syndicales, que les libertaires encourageront en favorisant quand c’est possible le travail en commun et la camaraderie (tournées syndicales, moments de sociabilité, comptes-rendus et tracts, réunions, cahiers revendicatifs…).

Une unification du syndicalisme de lutte créerait une dynamique et accoucherait d’un acteur incontournable dans la lutte des classes en France. Elle aiderait le prolétariat à reprendre confiance dans sa force collective. Et en cela, elle favoriserait une résurgence du syndicalisme révolutionnaire.

[1] Ministère du Travail, Dares Analyses n°6, février 2023.

[2] Ministère du Travail, Dares Analyses n°6, février 2023.

[3] Pour mesurer leurs poids respectifs, on utilise ici, avec une distance critique, les effectifs revendiqués ; les résultats aux élections dans la fonction publique de 2022 ; la mesure 2021 de la représentativité dans le secteur privé, fondée sur les résultats des élections aux CSE (2017-2020), des élections TPE (2021) et des élections aux chambres d’agriculture (2019).

[4« L’unification syndicale, pour quoi faire ? »Alternative libertaire, mai 2022

SOURCE : https://unioncommunistelibertaire.org/?Reflexion-syndicaliste-revolutionnaire

L’itinéraire d’un malentendu

L’origine théorique de l’anarchisme et de l’anarcho-syndicalisme se retrouve dans le débat d’idée qui a opposé Marx et Proudhon. Le malentendu issu de ce débat est également à l’origine de la dégénérescence de ce qui à l’époque ne s’appelle pas encore « anarchisme ».

Nous n’allons pas retracer toutes les péripéties de ce débat. Elles sont connues. Bornons-nous à en souligner l’importance quant à ses conséquences.

Ce document a été élaboré par l’Alliance Syndicaliste.

Pourquoi pas la grève reconductible ?

Cela fait maintenant plusieurs mois que le prolétariat est mobilisé pour obtenir le retrait de la contre-réforme de nos Retraites imposée par le gouvernement.

L’intersyndicale unie comme jamais depuis longtemps a permis de mobiliser largement les travailleurs et travailleuses y compris dans des déserts syndicaux où on n’a pas l’habitude de faire grève.

A partir du 7 mars, les confédérations Solidaires et CGT ont appelé à la grève reconductible. Dans le secteur ferroviaire, toutes les fédérations ont appelé à la grève reconductible. Dans l’Energie et le Pétrole, la fédération majoritaire CGT a appelé à la reconduction.

Malgré la préparation et le soutien des confédérations de lutte, la grève reconductible s’est limitée à ces secteurs. Des bastions syndicaux comme la Santé, l’Education, les territoriaux, la RATP… n’ont pas réussi à se mettre massivement en grève reconductible.

Pourquoi la grève reconductible ne s’est pas élargi à d’autres secteurs que ceux qui s’étaient déjà mobilisé en 2019 ? (et encore sans la RATP)
Quels sont les freins qui retiennent des équipes syndicales pourtant actives dans leurs secteurs de pouvoir entraîner les collectifs de travail dans la grève longue ?

Le mieux seraient que les militants des secteurs concernés nous expliquent leurs difficulté eux-mêmes et nous les invitons à écrire le bilan de cet échec.

Dans tous les cas, nous voyons quelques pistes.

La recette de la grève reconductible

Pour partir en grève reconductible, c’est plus simple qu’en on a l’habitude de le faire. Par exemple dans le secteur ferroviaire, les fédérations cheminotes n’ont pas de mal à lancer un mouvement prolongée car les cheminots ont l’habitude depuis plusieurs décennies de mener des grèves longues et de les tenir.

Depuis la grève pour les retraites de 2019-2020, des caisses de solidarité sont régulièrement mis en place pour collecter de l’argent et soutenir les grévistes. Dans le ferroviaire même si cela n’efface pas totalement la perte de salaires, ça permet d’atténuer le sacrifice financier et de plus facilement partir et repartir en grève.

Une forte tradition syndicale et un syndicalisme de masse, actif au quotidien avec les travailleurs permet de construire des collectifs de travailleurs solidaires et prêt à lutter ensemble. La syndicalisation de masse est un levier pour mobiliser pour la grève. Les travailleurs ont confiance dans leurs syndicats qui sont des outils pour les défendre et ils savent qu’il faut répondre à l’appel pour se mobiliser car c’est ce qui permet au syndicat d’être une force qui défend le collectif face aux attaques patronales.

La motivation. C’est indispensable pour arriver à mobiliser. Tous les travailleurs ne sont pas tous combatifs y compris dans les syndiqués. Mais si les fédérations syndicales appellent à la grève reconductible et que les équipes syndicales mobilisent par des tournées syndicales, elles peuvent alors entraîner les travailleurs y compris hésitants dans l’action.

La motivation est d’ailleurs primordiale. C’est elle qui explique que des travailleurs sans-papiers qui risquaient l’expulsion du pays ont osé se mettre en grève pour leur régularisation.

Les exemples de salariés de boites privées sans grosse tradition syndicale qui sont capables de faire grève plusieurs jours pour les salaires se multiplient.

Ces exemples montrent que la grève reconductible est possible partout quand les conditions sont réunies.

La meilleure préparation, c’est la syndicalisation dans toutes les entreprises et tous les secteurs. La présence du syndicat qui organise les travailleurs et crée un collectif solidaire permet de développer les capacités de mobilisation. C’est d’ailleurs tout un travail d’organisation préalable des travailleurs sans-papiers qui a permis les grèves de ces dernières années parmi ces travailleurs précarisés.

Pas de raccourci à la grève généralisée

Comme à chaque grand mouvement social, des militants essaient de multiplier les actions pour gagner face au gouvernement et au patronat. Après l’échec de la grève reconductible, on a vu se multiplier les différentes actions : les blocages des accès routiers, d’entreprises stratégiques comme les bus ou les poubelles, les assemblées générales interpro, les manifestations à répétition, les casserolades…

Ces blocages n’ont pas le même impact que la grève généralisée. Ils ne bloquent pas durablement la production ni le pays. Ce sont des piqûres de moustique pour le capitalisme.

Il n’y a malheureusement pas de raccourci à la grève généralisée. Aucune action même la plus réussie ne peut s’y substituer. D’ailleurs Macron n’a pas peur de le dire dans les médias et d’imposer sa réforme à coup de répression et de passage en force dans les institutions.

Les actions sont souvent bonnes pour le moral des militants. Elle permettent de créer du collectif et d’exprimer sa colère, ce qui évidemment fait du bien. Mais souvent elles ne mobilisent que les plus militants du mouvement social et n’élargissent pas la mobilisation comme l’appel unitaire des confédérations syndicales a réussi à le faire au début.

Pour l’instant nous n’avons pas réussi à lancer la grève reconductible généralisée. Comme nous l’avons dit, il faut beaucoup plus de syndicalisation pour y arriver et aussi renforcer les syndicats existants pour pouvoir lancer la grève reconductible. Une majorité des travailleurs sont aujourd’hui dans des déserts syndicaux notamment dans les petites entreprises et le syndicalisme ne touche pas suffisamment les précaires, intérimaires, les secteurs féminisées…
Faire reculer les déserts syndicaux et renforcer nos syndicats doit être une priorité pour ceux qui veulent gagner face au patronat et au gouvernement.

Il faut profiter de ce mouvement pour organiser de nouvelles sections syndicales là où il n’y en pas aujourd’hui. Dans pleins d’entreprises des travailleurs ont osé se mettre en grève pour la première fois à l’appel de l’intersyndicale unie. Il faut aller voir tous ses salariés et les aider à construire de la syndicalisation dans leur entreprise.

En renforçant nos syndicats, nous construisons les marches de l’escalier qui nous permettra d’atteindre le niveau de la grève généralisée. Il suffit de faire des tournées syndicales et d ‘aller discuter avec les salariés dans les manifs, dans les entreprises ou à leur porte et de leur présenter le syndicat. L’opinion des salariés n’a jamais été aussi favorable aux syndicats récemment. C’est le moment d’en profiter pour proposer l’adhésion.

Construisons l’avenir, accumulons des forces pour gagner

Si nous ne mettons pas un maximum de nos forces militantes dans cet objectif de syndicalisation et renforcement alors nous risquons de ne pas progresser dans ce mouvement.

Si nous n’accumulons pas de nouvelles forces militantes dans nos syndicats, nous ne pourrons pas plus mobiliser ni mieux mobiliser à l’avenir. Ce serait alors le chat qui se mord la queue.

Nous n’arriverions pas à généraliser la grève et nous tournerions encore en rond sans gagner.

Un Réseau pour la grève générale ?

Une organisation politique trotskyste a lancé un Réseau pour la grève générale.

Elle déclare s’opposer à l’intersyndicale nationale qui n’aurait pas la bonne méthodologie pour gagner : « Il est temps d’avoir un véritable plan de bataille. […] On met en avant la seule stratégie qu’on pense possible et gagnante, la grève reconductible. »

Le problème est que dans 2 services de la SNCF où cette organisation politique a de l’influence, elle n’a pas construit la grève reconductible interpro.

Au Nord de Paris, Révolution Permanente (RP) a mobilisé pour une prime locale qui a été obtenue pendant que les autres cheminots se battaient pour les retraites de tous.

A l’Ouest de Paris, un atelier s’est mis en grève reconductible après l’usage du 49.3 par le gouvernement le 16 mars alors que les cheminots de toute la France étaient massivement en grève reconductible depuis le 7 mars.

L’avant-garde « révolutionnaire »  aurait-elle un gros train de retard ?

Ce n’est pas une crise de direction du mouvement syndical qui se pose aujourd’hui contrairement à ce que martèle RP. Nous avons un manque de militants syndicaux pour faire vivre nos syndicats et impulser un syndicalisme de lutte autogéré et un manque de syndiqués dans les déserts syndicaux et dans les syndicats déjà existants qui sont trop souvent institutionnalisés autour des élus du personnel.

Le meilleur réseau pour la grève générale, c’est d’avoir un syndicalisme actif et présent dans un maximum d’entreprises pour généraliser la grève. La tâche des révolutionnaires devraient être de se consacrer à développer la syndicalisation dans les déserts syndicaux en renforçant les structures interprofessionnels de nos syndicats.

BLOCAGES ? «Il n’y aura pas d’échappatoire à la grève»

Depuis le passage en force à l’Assemblée avec le 49.3, la mobilisation a passé un nouveau cap. Une phase de multiplication des actions de blocage a commencé. Ce qui frappe, c’est que ces actions plus radicales n’ont pas été le fait, comme on le voit souvent, d’une minorité irréductible qui reste dans la lutte en fin de mouvement. Au contraire, on a assisté depuis janvier 2023 à une montée en pression, par paliers, qui n’a laissé aucun·e des acteur·e·s de la mobilisation sur le côté. Bien entendu, certaines composantes de l’intersyndicale n’ont pas suivi cette voie, voire l’ont désapprouvé, mais sans jamais remettre en cause le cadre unitaire de mobilisation qui fait alors office de «minimum syndical»: «libre à chacun·e d’aller plus loin».

https://alencontre.org/europe/france/france-il-ny-aura-pas-dechappatoire-a-la-greve.html