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février 2023 – Syndicalistes !
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Caisse de grève du syndicat basque ELA pour tenir les grèves jusqu’à la victoire

Caisse de grève du syndicat basque ELA

pour tenir les grèves jusqu’à la victoire

Ane Zelaia, responsable de la syndicalisation au sein du syndicat basque ELA

Certes, il est difficile de tenir une grève longue : on ne connaît pas l’issue, on a peur des conséquences, et les disputes entre collègues peuvent commencer à tout moment… Mais surtout, on est soudainement sans salaire pour vivre. Et, bien sûr, la direction de l’entreprise le sait. Ils savent que les travailleurs ne peuvent pas tenir une grève longtemps, alors ils céderont le plus tôt possible. Ils savent que les travailleurs seront forcés d’accepter n’importe quelle offre sur la table des négociations si la direction tient juste assez longtemps.

C’est là qu’intervient la Caisse de grève du syndicat basque ELA (Solidarité des Travailleurs et Travailleuses Basques). Cette Caisse est un outil de solidarité que chaque syndicat devrait envisager de constituer. Nous avons maintenant 101 000 membres, dans un très petit pays, d’un peu plus de 2 millions d’habitants. Les adhérents du syndicat paient une cotisation mensuelle de 23 €uros, dont 25 % vont directement à la Caisse de grève.

La Caisse est activé automatiquement dans toutes les grèves (à la demande des grévistes, pas par le syndicat), et l’accès à la Caisse de grève est un droit pour chaque adhérent.e.

Si une grève dure plus de 3 jours, la Caisse est immédiatement activée, allant jusqu’à verser 1.163 €uros/mois aux grévistes. La lutte peut ainsi continuer en permettant aux travailleurs de joindre les deux bouts.

23 €uros c’est bien sûr une cotisation plus élevée que ce qui est prélevée habituellement dans les syndicats. Mais, encore une fois, plus de 101.000 travailleurs, de tous les secteurs (sidérurgie, soins, santé, éducation, nettoyage, commerce…) la paient chaque mois, sachant que cet effort supplémentaire permettra à d’autres travailleurs de se battre, de résister.

La décision de continuer à alimenter la Caisse ne se fait pas sans difficultés. Les syndicats ont toujours du mal à trouver des ressources, et gagner des membres serait plus facile avec une cotisation moins chère. Mais c’est une décision réfléchie : nous croyons fermement à la valeur et à l’importance de faire grève pour 3 raisons :

1. Certaines victoires, généralement les plus importantes, ne sont possibles que grâce à une grève.

2. Toute grève crée un précédent, tant pour les travailleurs que pour la direction de l’entreprise.

3. Les grèves renforcent notre identité de classe. Elles nous montrent de quel côté nous sommes.

Grâce à la Caisse, et grâce à la solidarité mensuelle de plus de 100.000 syndiqués, plus de 13.000 adhérent.es ont fait grève avec nous depuis 2017.

Nous avons eu des grèves qui ont duré 6 mois, 9 mois, voire 2 ans. Cela envoie un message puissant à toutes les directions d’entreprises du pays. Cela veut dit « Nous le ferons et nous ne reculerons pas ».

Le montant exact de notre Caisse est l’un des secrets les mieux gardés de notre pays. Celui que le gouvernement et les directions tentent depuis longtemps de percer. Mais, bien sûr, notre avenir réside dans cette Caisse. L’avenir de milliers de travailleurs en dépend. Cela restera donc secret.

Elle est assurément puissante et active, permettant à notre pays, notre petit pays, d’être celui où il y a le plus de grèves en Europe.

Comme je l’ai déjà dit, la Caisse de grève est un formidable outil de solidarité. Une stratégie syndicale est conditionnée par ses outils. La création de cet outil il y a 45 ans était une décision stratégique qui a été confirmée à chaque étape historique de notre confédération.

La Caisse de grève garantit une alternative. Pourquoi ? Parce que c’est puéril de penser que les grèves se gagnent juste parce qu’on a raison, ou parce qu’on est du bon côté de l’histoire.

Les grèves sont gagnées lorsque les travailleurs résistent et lorsque les entreprises savent que les travailleurs peuvent, de fait, résister. La perte de salaire pendant une grève est le plus gros fardeau pour les travailleurs, et la Caisse cherche à créer un minimum d’équilibre entre des forces initialement déséquilibrées en faveur des directions d’entreprises.

Les résultats des grèves sont évidents : nous obtenons plus d’accords et des meilleurs accords.

Les accords dépendent du résultat de ces grèves, et c’est la mission d’un syndicat de les renforcer. Et ce n’est pas seulement la capacité de gagner les grèves. L’existence même de la Caisse évite des grèves et aide à obtenir des contrats incroyables, simplement parce que la direction sait avec certitude que nous résisterons et que nous pouvons mener une grève longue. Et dans les grèves que nous ne pouvons pas éviter, nous avons la capacité de tenir jusqu’à ce que l’offre qu’ils mettent sur la table corresponde exactement à ce que nous avons demandé.

La Caisse est un message pour chaque entreprise du pays. La Caisse est la raison pour laquelle les salaires et les conditions de travail sont bien meilleurs au pays basque que dans le reste de l’Espagne. Parce que nous ne sommes pas obligés de signer des accords au rabais. Parce que nous avons une alternative.

Nous ne pouvons pas et ne voulons pas dépendre de la charité et des collectes de fonds à chaque grève. Nous voulons que chaque membre sache que, s’il en a besoin, il y a plus de 100 000 camarades qui les soutiennent.

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+ de syndicat
+ de victoires !

+ de syndicat
+ de victoires !

L’unité syndicale avec les syndicats d’accompagnement du capitalisme CFDT, UNSA… permet aujourd’hui de mobiliser largement, même des salariés qui n’ont pas l’habitude de faire grève. Ce front unique au démarrage tient sur la revendication minimale de retrait du projet du gouvernement.

Si la mobilisation permet cette victoire, il est bien sûr alors possible d’aller plus loin et de gagner sur des revendications offensives et révolutionnaires comme une Sécurité Sociale unifiée et améliorée.

Les journées des 19 et 31 janvier ont amené des travailleurs qui n’ont pas l’habitude de faire grève à se mobiliser dans plein d’entreprises.

C’est l’occasion pour notre classe de développer son organisation et de faire reculer les déserts syndicaux. L’expérience le prouve, il est plus facile de lancer la grève quand on a déjà un syndicat actif dans l’entreprise.

Plus les syndicats seront forts, c’est-à-dire présents avec des équipes syndicales et des adhérents dans un maximum d’entreprises, plus nous pourrons facilement lancer la grève reconductible dans un maximum de secteurs professionnels pour qu’elle se généralise, bloque l’économie et fasse céder le patronat et son gouvernement.

C’est donc le moment de faire des adhésions dans les syndicats et créer de nouveaux syndicats là où ils n’existent pas. C’est le moment d’aider les syndiqués isolés et les petites équipes pour développer le syndicat. Organisons des tournées syndicales dans les entreprises et des permanences d’accueil dans nos unions interpro.

Les caisses de grève sont également un outil indispensable pour soutenir la grève reconductible et donner confiance aux salariés pour s’y engager. L’exemple du syndicat basque ELA qui a une caisse de grève depuis 45 ans est à suivre. Le Pays basque est aujourd’hui le pays où il y a le plus de grèves en Europe et le plus de victoires.

Nous devons en mettre en place dans tous les syndicats, les fédérations et les confédérations et l’utiliser avant tout de manière stratégique pour développer la grève : en ciblant les plus précaires qui ne feraient pas grève sinon, et la mettant au service d’actions de solidarité matérielle (repas communs, déplacements vers des boîtes non mobilisées…).

Ne perdons pas de temps dans la multiplication des actions de visibilité, concentrons notre activité militante pour accumuler des forces et développer notre contre-pouvoir syndical qui assurera des victoires futures… jusqu’à la révolution !

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